Les Grands Initiés N°4 : JÉSUS
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ou l'initié qui a vaincu la mort.
Il n'a rien écrit. Tout ce que nous savons de lui passe par des témoins, dans des textes rédigés des décennies après sa mort. Et pourtant deux mille ans plus tard, son nom structure encore le calendrier du monde occidental, et le mystère de sa résurrection continue de travailler ceux qui s'en approchent sérieusement.

Parmi les Grands Initiés, Jésus est le plus difficile à "regarder", parce qu'il est le plus "recouvert". Théologies, institutions, dogmes, dévotions, chaque siècle a déposé une couche sur la figure vivante et il faut creuser pour la retrouver.
"Je suis le chemin." Jean 14:6
Krishna est la source. Il est lui-même ce que l'initiation cherche à éveiller.
Moïse est le transmetteur traversé. Il reçoit pour un peuple entier et traduit l'infini en Loi. Jésus occupe une troisième position, radicalement différente : il initie par sa propre mort.
Krishna enseigne l'action sans attachement, il n'en meurt pas pour le montrer.
Moïse reçoit la révélation sur le Sinaï. Sa mort est une limite, non un accomplissement.
Jésus fait de sa mort l'acte initiatique central. Il traverse la mort en premier, ouvrant un chemin que d'autres pourront emprunter après lui.
Il ne montre pas ce chemin de l'extérieur. Il dit « je suis le chemin », et s'offre comme matière première de la transmutation. Cette conception de l'initiation est entièrement nouvelle dans la tradition occidentale.
"Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection." Matthieu 3:17
Les Évangiles sont silencieux sur dix-huit ans de sa vie. Le rapprochement avec les Esséniens est le plus sérieux historiquement. Ces hommes du désert de Judée pratiquaient des bains rituels, partageaient leurs biens, attendaient l'irruption du Royaume. Jean le Baptiste leur est presque certainement lié. Jésus partage avec eux le baptême, le jeûne, l'urgence spirituelle. L'homme qui va enseigner n'improvise pas.
Au Jourdain, Jésus descend dans l'eau, disparaît, remonte. À sa sortie, le ciel s'ouvre, une colombe descend, et une voix parle : « Tu es mon fils bien-aimé ». Une conscience humaine mise en contact direct avec quelque chose qui la dépasse : la même structure que le Buisson ardent pour Moïse.
Puis le désert. Quarante jours de jeûne et de silence. Le désert est toujours le même espace initiatique : les illusions meurent, le moi ordinaire est réduit à « l'os », quelque chose de plus profond peut émerger.
"Le royaume de Dieu est au milieu de vous." Luc 17:21
Jésus enseigne en paraboles. Ce choix est initiatique au sens strict. La parabole dit quelque chose à celui qui peut l'entendre, et cache la même chose à celui qui ne peut pas encore le recevoir.
« Qui a des oreilles pour entendre, qu'il entende » Matthieu 11:15, cette formule revient comme un refrain. Elle suppose une progression dans la lecture du réel, des niveaux de conscience différents.
Le réel ultime n'est pas dans un temple. Il est déjà présent, intérieur, accessible maintenant. Krishna dit la même chose à Arjuna sur la nature de l'Atman. La tradition hermétique le formule dans son axiome fondamental : ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. Ce que Jésus appelle le Royaume, d'autres traditions l'appellent l'Éveil, la libération, la connaissance de soi.
Sur le mont Thabor, Jésus se transfigure. Son visage rayonne comme le soleil. Moïse et Élie apparaissent à ses côtés. La présence de Moïse n'est pas décorative, elle inscrit Jésus dans la chaîne de transmission initiatique. Le visage rayonnant de Moïse sur le Sinaï trouve ici sa réponse, à des siècles de distance, dans un autre être.
La transmission se déplace : elle ne se répète pas, elle se prolonge.
La croix : le symbole le plus universel et le plus mal compris du christianisme.
Avant d'être un instrument de supplice romain, la croix est présente dans toutes les traditions comme symbole de la rencontre entre le vertical et l'horizontal. La branche verticale est l'axe du monde : le même que le bâton de Moïse, la flûte de Krishna, ou le caducée d'Hermès. Elle relie ce qui est en haut à ce qui est en bas.
La branche horizontale est le temps déployé dans toutes ses directions.
Jésus sur la croix est l'image d'un être qui assume pleinement les deux axes simultanément : à la fois ancré dans l'éternité, et pleinement présent dans le temps. La souffrance n'est pas niée. Elle est le lieu même où les deux dimensions se croisent.
La rose sur la croix dit le reste : la fleur s'épanouit au point d'intersection.
L'éveil ne se produit pas malgré la crucifixion, il se produit en son centre.
« Prenez et mangez […] Prenez et buvez » Matthieu 26:26
La Cène est le rite initiatique central des Évangiles, et peut-être l'image alchimique la plus explicite de toute la tradition chrétienne.
Le pain est le corps : la matière solide, la terre, « le fixe ».
Le vin est le sang : le liquide, le feu intérieur, « le volatil ».
L'alchimie cherche à réaliser dans le creuset, ce que la Cène accomplit dans le corps : la transmutation de la matière par incorporation de quelque chose d'une autre nature.
Ici : l'incorporation du divin dans la matière humaine par l'ingestion.
Mais avant la Cène, Jésus s'agenouille devant ses disciples et lave leurs pieds. La transformation commence par l’abandon de l’égo, par la descente jusqu’au sol.
Solve – Coagula : d’abord dissoudre nos illusions par le devoir et le dépouillement de toute prétention, avant de pouvoir envisager la nouvelle transmutation.
La kénose, ce mouvement par lequel le divin descend dans la condition humaine jusqu'à ses profondeurs les plus obscures, est un acte libre. Ce consentement à ce qui détruit est le geste initiatique ultime. La mort n'est plus subie : elle est traversée.
Le cycle mort physique-résurrection spirituelle est le schéma que toutes les grandes traditions initiatiques cherchent à reproduire : Osiris démembré et ressuscité par Isis, Dionysos déchiré et renaissant, la mort d’Hiram Abi, partout la même structure fondamentale, la descente jusqu'au fond, puis la remontée.
« Pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts ? » Luc 24 : 5
Cette question des anges aux femmes venues au tombeau est une des plus hautes questions initiatiques des Évangiles. Le tombeau est vide. Pas de corps, pas de relique. Ce que les femmes cherchaient n'est plus là.
Marie-Madeleine est la première à voir ce vide, la première à rencontrer le ressuscité, la première à qui Jésus confie la mission d'annoncer ce qui s'est passé.
Dans la tradition gnostique, elle est l'Apostola Apostolorum : l'apôtre des apôtres.
Ce choix n'est pas anodin. Dans toutes les traditions initiatiques, le féminin reçoit en premier ce qui ne peut pas être démontré, le caché, l'intime.
Le "ressuscité" apparaît dans un corps transformé, reconnaissable et pourtant différent, capable de traverser les murs mais portant encore les traces des clous. Un corps qui n'a pas abandonné la matière, mais qui n'en est plus prisonnier. C'est l'image alchimique de la Pierre philosophale. La matière transmutée reste matière, mais en est devenue l'expression la plus pure.
« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » A. Lavoisier.
« Je suis la résurrection et la vie. » Jean 11:25
Cette affirmation joue sur deux registres simultanément : le futur de la mort physique et le présent de la vie spirituelle.
La résurrection devient « une possibilité de l'existence », pour celui qui a traversé la mort de son moi ordinaire.
C'est exactement ce que l'initiation cherche à produire : une mort symbolique suivie d'une renaissance à un autre état de conscience. L'initié qui sort du tombeau rituel n'est plus le même homme qui y est entré. Il a traversé quelque chose d'irréversible.
Krishna parle à Arjuna, un guerrier d'exception. Moïse conduit un peuple « élu ». Jésus choisit des pêcheurs, un collecteur d'impôts, un zélote. Il parle aux femmes, aux lépreux, aux étrangers. L'initiation qu'il propose ne demande pas de formation préalable ni d'appartenance à une élite.
Elle demande d'accepter de ne plus être la même personne à la sortie.
"Tout est accompli" Jean 19:30
À Pâques, la tradition chrétienne célèbre la résurrection. Sous le rite, sous les œufs et les cloches, sous la messe et les fleurs, quelque chose de beaucoup plus ancien et de beaucoup plus universel bat encore.
Les alchimistes connaissent ce moment : quand l'opus est conduit jusqu'à son terme, quand rien n'a été épargné. Le Grand Œuvre n'est pas terminé quand il est réussit, il est terminé quand il est complet.
Jésus a tout traversé : le baptême, le désert, la trahison, l'abandon, la mort. Toutes les épreuves ont été franchies, il ne reste rien du Vieil Homme : c’est la victoire ultime du bien sur le mal, de la vie sur la mort et de la vérité sur le mensonge.
C'est l'affirmation que la mort n'est pas le dernier mot,
Que ce qui a été traversé peut, être transmué,
Que le tombeau vide est une invitation à chercher le vivant là où personne ne l'attend,
Chaque être humain porte en lui son propre Jourdain à traverser, son propre désert à habiter, sa propre croix à assumer.
Le chemin initiatique de Jésus n'est pas une histoire à croire, c'est une carte à lire.
Le tombeau est vide. Et la question reste entière : où cherchons-nous le vivant ?
"Tout est achevé"
"Pax Vobis". Jean 20:19




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