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Les Grands Initiés N°1 : HERMÈS

Le Corpus Hermeticum : Philosophie de l’initiation, de la régénération, de la transmission


La tradition ésotérique réserve le titre de grand initié aux figures qui ont accompli trois choses : recevoir une connaissance sacrée directement, en être transformées dans leur nature même, puis la transmettre. Ces trois conditions Hermès les réunit toutes. C’est pourquoi il occupe, dans l'ensemble des traditions initiatiques occidentales, une place à part.


Une excellente raison pour qu’il entame cette série d’articles sur les Grands Initiés.


Le titre « Trismégiste » : trois fois grand, dit exactement cela.

C’est l’union accomplie entre la maîtrise de la philosophie, celle de la prêtrise et de la royauté intérieure.

La figure d’Hermès Trismégiste naît du syncrétisme gréco-égyptien des premiers siècles. Hermès, dieu grec du langage et des passages, fusionne avec Thot, dieu égyptien de l'écriture et de la sagesse. De cette rencontre émerge « quelque chose » qu'aucune des deux traditions ne portait seule, le nom que la transmission se donne à elle-même, à travers les siècles et les cultures.

Psychopompe, il accompagne la conscience dans ses descentes. Il n'écarte pas l'épreuve, il lui donne une direction.


On lui attribue le Corpus Hermeticum, la Table d'Émeraude, dont la formule « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas » synthétise la pensée universelle de l’époque et trois disciplines : l’alchimie, l’astrologie et la théurgie.

Ces trois voies forment ce que la Renaissance nommera la Sophia Perennis : une sagesse antérieure aux divisions entre traditions, que chaque culture exprime à sa façon.


Corpus Hermeticum



Les Grands Initiés N°1 : Hermès Trismégiste et la Table d'Émeraude
Les Grands Initiés N°1 : Hermès Trismégiste et la Table d'Émeraude

En 1463, Marsile Ficin interrompt sa traduction de Platon pour traduire en priorité les textes hermétiques, sur ordre de Cosme de Médicis. Le Corpus fut longtemps tenu pour une révélation antédiluvienne. En 1614, le philologue Isaac Casaubon démontre que les textes datent des premiers siècles de notre ère : un démenti historique qui aurait pu être fatal, et qui ne l'a pas été. La profondeur philosophique des textes n'a pas attendu leur ancienneté pour s'imposer.

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  • La connaissance sacrée

Le Poimandrès, premier traité, pose la structure fondamentale : au commencement, la Lumière indivise, le Nous, l'Intellect divin.


De cette lumière procède le Logos, puis le Démiurge, puis les sphères planétaires, puis l'Homme. L'homme est à la fois image du Nous divin et prisonnier de la matière (parce qu'il s'est épris de son propre reflet projeté dans la nature).

La remontée vers le Verbe serait une "désidentification" progressive de cette image. Un travail long, exigeant, et jamais garanti.


La distinction centrale du Corpus oppose gnose et ignorance (agnoia). L'ignorance n'est pas un manque d'information, c'est l’opacité de la conscience endormie dans des sensations. La gnose serait un éveil du sujet « connaissant », une transformation de sa nature même.

Si Platon cherche la vérité par la confrontation dialectique (deux esprits qui s'affrontent jusqu'à ce que quelqu'un des deux cède). L'hermétisme procède autrement : la vérité se reçoit dans le silence, dans cet acte intérieur que le Corpus nomme ekstasis, où l'Homme cesse de raisonner et commence à voir.

Le dialogue platonicien affine la pensée. L'ekstasis hermétique change celui qui pense.


  • La Transformation Intérieure

Le Corpus XIII, le treizième traité, sur la Régénération, est le plus exigeant de l'ensemble. Tat revient vers son père Hermès, dans un lieu retiré du monde ordinaire, pour subir une transformation. Hermès répond d'emblée : « Je ne puis t'enseigner cela. Tu ne peux que le recevoir, si Dieu veut. »


La régénération n'est pas un savoir transmissible, c’est un événement.


Le texte nomme les puissances qui constituent l'homme ordinaire, les douze forces qui, assemblées, constituent sa personnalité : ignorance, tristesse, intempérance, concupiscence, injustice, avarice, mensonge, envie, fraude, colère, précipitation, malice.

La régénération commence lorsque ces forces se retirent, remplacées par les dix puissances du Bien : connaissance de Dieu, joie, continence, persévérance, justice, générosité, vérité, bonté, vie, lumière.

La décade pythagoricienne (nombre de la plénitude) n'est pas choisie au hasard. La substitution est ontologique : l'homme régénéré est constitué d'un autre tissu que l'homme ordinaire. C'est la deuxième condition du Grand Initié : la transformation de la nature même du sujet.


Le moment central du traité est le récit de Tat en cours de transformation. Le souffle change. Il dit : « Je ne vois plus les choses d'en bas avec les yeux du corps. Je vois avec la vue de l'Intellect. » 

La frontière entre intérieur et extérieur se dissout. Hermès confirme sans amplifier : le cosmos perçu en Tat, et Tat dans le cosmos. Un retournement silencieux, et l'état est là.

C'est l'un des rares textes "antiques" où la transformation intérieure est décrite de l'intérieur, à la première personne et en temps réel.


  • La Transmission

La ressemblance frappante de Tat et Thot.

Tat est très vraisemblablement une forme grecque abrégée de Thot, en égyptien ancien Djehouty. La proximité phonétique est indéniable, et le chercheur Garth Fowden y voit une hellénisation directe du nom divin. Dans certains manuscrits du Corpus, les deux noms apparaissent interchangeables.

Dans le Corpus XIII pourtant, Tat est le fils d'Hermès Trismégiste. Hermès Trismégiste étant lui-même la fusion d'Hermès et de Thot, Tat représente la sagesse en puissance, celle qui porte la connaissance sans en avoir encore accompli le déploiement. Il est Hermès en devenir, le disciple avant que l'initiation ne soit accomplie.


Thot dans la tradition égyptienne est lumière réfléchie, la lune face au soleil.

Principe de médiation entre le supérieur et l'inférieur. Tat joue exactement ce rôle dans le Corpus : par lui, l'enseignement passe du maître accompli vers l'humanité ordinaire.

Les textes hermétiques sont souvent présentés comme les écrits que Tat a consignés après réception, rejoignant la tradition des livres de Thot, censés contenir sous forme écrite et dissimulée toute la sagesse divine.

Si Hermès Trismégiste est la synthèse accomplie d'Hermès et de Thot, Tat représente Thot avant cette synthèse, la sagesse égyptienne en attente de son unification avec la pensée grecque.


Leur dialogue devient alors le récit de la genèse du syncrétisme lui-même. La palingénésie de Tat dans le Corpus XIII dépasse la transformation d'un disciple : une tradition entière y accède à sa propre plénitude.


Hermès Trismégiste n'a peut-être jamais existé comme individu historique. Cette incertitude est insoluble, et elle importe peu finalement.

Le Corpus Hermeticum pose une question que la philosophie académique peine à tenir fermement : connaître et être sont-ils, au niveau ultime, un seul et même acte ?

Le Corpus XIII ne répond pas. Il met la question en scène, à travers le corps et le souffle de Tat.



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